L’accident de Fukushima va-t-il contrecarrer le développement du nucléaire au niveau mondial ? Les premières enquêtes effectuées conduisent à répondre par la négative à cette question, posée depuis la survenue de l’accident japonais : bien au contraire la production d’énergie nucléaire va connaitre un développement important, sur toute la planète, dans les années à venir.
Le constat de « The Economist »
Ce pronostic ne résulte pas d’une appréciation subjective mais de constats effectués sur le terrain, auprès des pays dotés de programmes nucléaires, par le service Etudes du journal britannique « The Economist ». Selon cette enquête (parue à la mi-juillet ; voir le site du journal) la production d’électricité nucléaire va augmenter de 27 % d’ici à 2020. Cette croissance résultera de la mise en service des réacteurs dont la construction est d’ores et déjà engagée au niveau mondial et qui n’est pas remise en cause par les pays concernés. La durée de ces constructions est évaluée à 15 ans, ce qui constitue une marge plus que « confortable » pour des réalisations qui demandent généralement entre 6 et 8 ans.
Il est à noter que cette croissance de 27 % de l’électronucléaire mondial prend en compte la décision de l’Allemagne de sortir du nucléaire à l’horizon 2020. Mais l’arrêt définitif des réacteurs allemands sera plus que compensé par la mise en service de nouveaux réacteurs, notamment en Chine, en Inde et en Russie. Après que 16 nouveaux réacteurs aient été démarrés en 2010, les réalisations en cours montrent que de nouvelles unités seront régulièrement mises en service dans les toutes prochaines années. Et à partir de 2015, note « The Economist », un nouveau réacteur entrera en activité chaque mois quelque part dans le monde.
...Et les prévisions de l’AIEA
Les analyses de l’AIEA rejoignent celles du magazine britannique : le directeur général de l’Agence, M. Amano, a déclaré le 26 juillet, que « le nombre de réacteurs nucléaires dans le monde va encore augmenter, même si le rythme ne sera pas aussi rapide qu’avant ». Et si l’Allemagne « a revu sa politique en matière d’énergie nucléaire, a noté M. Amano, de nombreux autres pays pensent qu’ils ont besoin des réacteurs nucléaires, notamment pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre et le réchauffement climatique ».
En fait, ces prévisions de croissance du nucléaire mondial sont tout à fait logiques dans la mesure où, de tous les pays « nucléaires », seule l’Allemagne, après l’accident de Fukushima, a pris la décision ferme et définitive de sortir du nucléaire. Aucun des autres pays ayant des centrales nucléaires n’a programmé une telle décision (même si la Suisse et la Belgique en envisagent sérieusement l’éventualité, mais à une échéance non précisément définie). Tous ces pays ont affiché plus ou moins explicitement leur volonté de poursuivre leur recours au nucléaire et entendent parachever la construction de leurs réacteurs en chantier.
Certes, l’accident de Fukushima a suscité une forte émotion dans l’opinion mondiale et il est vraisemblable que le développement du nucléaire s’en trouve ralenti, tout au moins pour un temps. Mais tout indique que, contrairement à ce que certains ont annoncé un peu vite, le nucléaire verra ses capacités augmenter à l’échelle de la planète dans la prochaine période et continuera d’être un élément important du mix électrique global. La décision d’un seul pays ne doit pas fausser l’appréciation de la situation générale. Autrement dit : l’arbre (allemand) ne doit pas cacher la forêt (mondiale).
Par Francis Sorin, Directeur de la Communication de la SFEN