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Contre l’effet de serre : le nucléaire puissant économiseur de CO2

samedi 5 décembre 2009

Extrait du livre de Francis Sorin « Le nucléaire et la planète », 10 clés pour comprendre Parution : octobre 2009- Editions Grancher

Les grands émetteurs de ce CO2 anthropique sont les combustibles fossiles, charbon, pétrole et gaz. Brûlés lors des activités de production d’énergie dans les centrales électriques, les véhicules automobiles, les usines, les installations de chauffage… ils rejettent dans l’atmosphère quelque 27 milliards de tonnes de CO2 chaque année.

D’ici à 2050, il faudrait stabiliser les quantités rejetées puis les réduire de moitié par rapport à leur niveau de 1990 (21 milliards de tonnes), soit économiser de 12 à 20 milliards de tonnes par an (en fonction des tendances à la hausse plus ou moins fortes de ces rejets). Tel est l’objectif à atteindre impérativement pour contenir le réchauffement climatique dans des limites acceptables.

Il s’agit de rester en-deçà d’une hausse de température de 2°C, considérée comme le seuil critique au-delà duquel les équilibres naturels de la planète connaîtraient des bouleversements irréversibles gravement préjudiciables à nos sociétés. Le moyen d’y parvenir est de restreindre drastiquement le recours aux combustibles fossiles en les économisant et en leur substituant des énergies non carbonées : énergies renouvelables – et nucléaire. Dans le cadre d’une telle stratégie, l’apport du nucléaire peut se révéler déterminant.

Efficacité réelle et potentielle du nucléaire contre l’effet de serre : tentative d’évaluation

L’activité mondiale rejetant les plus grandes quantités de CO2 est, de très loin, la production d’électricité. Celle-ci représente, associée à la production de chaleur, 40% des rejets de CO2 liés à l’énergie (source : Agence Internationale de l’Energie) contre 20% pour les transports, 18% pour l’industrie, 12% pour le secteur résidentiel et l’agriculture.

C’est donc d’abord dans le domaine de la production d’électricité que les actions visant à diminuer les rejets de CO2 peuvent peser d’un poids déterminant. De ce point de vue, le nucléaire, qui produit 15% de l’électricité mondiale, affiche un grand potentiel. En effet, en remplacement d’une centrale à charbon de 1000 mégawatts électriques (MWe) une centrale nucléaire de même puissance évite annuellement le rejet à l’atmosphère d’environ 6,5 millions de tonnes de CO2. Par rapport au fuel ou au gaz, les rejets économisés par le nucléaire sont respectivement, dans le même cas de figure, de l’ordre de 5 et 3,5 millions de tonnes de CO2 par an. En plus de ces estimations, fondées sur la puissance installée, on peut affiner l’analyse en considérant les quantités d’électricité effectivement produites « sur le terrain ». Les bases de ces calculs, figurant dans les études du Conseil Mondial de l’Energie et de l’Agence Internationale de l’Energie, affichent, par kilowattheure produit, des rejets de CO2 de 960 à plus de 1200 grammes pour le charbon, de 720 à 850 g pour le pétrole et de 480 à 650 g pour le gaz naturel. Cela revient à dire qu’une production nucléaire de l’ordre de 2700 térawattheures par an (correspondant à celle du parc nucléaire mondial) permet d’éviter, au minimum, des rejets de CO2 de 2,6 milliards de tonnes par rapport à une production charbon, de 2 pour le pétrole et de 1, 3 pour le gaz. Pour que l’estimation des rejets évités soit réaliste, il faut tenir compte de la composition du parc électrique mondial, très largement dominé par les centrales à charbon qui fournissent 40% de l’électricité produite. Le rejet moyen en CO2 du parc fossile est ainsi calculé à 800 g / kWh. Cela donne une quantité globale de CO2 évitée grâce au nucléaire de 2,16 milliards de tonnes chaque année, soit près de 10% des émissions mondiales de CO2 anthropiques liées à la production d’énergie (1).

A côté de ce chiffre, qui doit être pris comme un ordre de grandeur (2), il faut en proposer un autre exprimant le potentiel du nucléaire en tant qu’ « économiseur » de CO2 dans le futur immédiat. Si le nucléaire est raisonnablement développé (doublement ou triplement de sa capacité installée) ce potentiel global serait de l’ordre de 4 à 6 milliards de tonnes évitées annuellement. Ces chiffres permettent d’avoir une idée à peu près correcte de la véritable efficacité du nucléaire dans la lutte contre l’effet de serre : ils représentent une fraction non négligeable de l’objectif d’économie de CO2, de l’ordre de 15 milliards de tonnes par an, envisagé par la communauté mondiale.

Francis Sorin

(1) Certains contestent ce chiffre et fixent à 4,2% du total mondial la part des rejets de CO2 évités par le nucléaire. Ce chiffre est purement virtuel. Il repose sur l’hypothèse d’une électricité d’origine fossile qui serait exclusivement produite dans les centrales à gaz les moins polluantes. Or les kilowattheures sont très majoritairement produits à travers le monde avec du charbon et du fioul, beaucoup plus émetteurs de CO2 que le gaz. C’est à partir de cette réalité que doit être faite la comparaison avec le nucléaire et non pas à partir de situations virtuelles.

(2) Pour donner une idée de ce que représente ce chiffre, on peut prendre comme référence l’objectif global fixé en 1997 par le Protocole de Kyoto. Celui-ci enjoint aux pays industrialisés – au nombre de 38 – une baisse moyenne de 5,2% de leurs émissions de CO2 en 2012 par rapport aux émissions de 1990. Cela correspond à une réduction annuelle d’environ 690 millions de tonnes. Le tonnage économisé aujourd’hui par le nucléaire représente chaque année trois fois cette quantité.

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