SFEN Jeune Génération
Accueil du site > 2. Interviews de dirigeants > Entretien avec le responsable construction du projet Georges Besse (...)

Entretien avec le responsable construction du projet Georges Besse II

Interview réalisée par Guillaume Vaast

samedi 4 octobre 2008 , par SFEN JG

Entretien avec Philippe Horteur, Responsable construction au sein de la Maîtrise d’Ouvrage du projet Georges Besse II

Dans le contexte actuel, quelle est la place d’une nouvelle usine d’enrichissement comme Georges Besse II ?

JPEG - 19.8 ko

Le marché de l’enrichissement est un marché concurrentiel dominé par quatre grands acteurs : d’une part l’européen Urenco Enrichment Company (UEC) et le russe Atomenergoprom (AEP) utilisant la technologie de centrifugation, et d’autre part l’américain USEC et le français AREVA (via EURODIF) utilisant la technologie de diffusion gazeuse.

D’ici 2015, environ 60% des capacités d’enrichissement actuelles estimées à 45 millions d’UTS , devront être remplacées parmi lesquelles la totalité de la capacité d’enrichissement de l’usine Georges Besse d’EURODIF, soit 10,8 millions d’UTS. Afin de rester l’un des leaders du marché de l’enrichissement, AREVA a donc décidé d’investir 3 milliards d’euros pour renouveler ses capacités sur le site du Tricastin.

JPEG - 37.8 ko

Les besoins en services d’enrichissement au niveau mondial sont depuis quelques années en nette augmentation et cette tendance devrait s’amplifier dans les prochaines années. Plusieurs raisons expliquent ceci : d’une part, on assiste depuis la fin des années 1990 à une extension de la durée de vie de nombreux réacteurs, en particulier aux Etats-Unis.

D’autre part, de nouveaux projets de constructions de réacteurs ont commencé à émerger à travers le monde, en particulier en Asie (Chine, Inde), aux Etats-Unis, en Afrique du Sud et au Moyen-Orient. Cette tendance devrait nettement s’accélérer à partir de 2015. Les électriciens verront donc à terme augmenter très fortement leurs besoins en services d’enrichissement.

Pourquoi avoir décidé de changer de technologie et de choisir la centrifugation ?

JPEG - 14 ko

La technologie de diffusion gazeuse est exploitée avec succès depuis maintenant 30 ans par EURODIF. C’est une technologie fiable et flexible mais qui est aujourd’hui pénalisée par sa forte consommation en électricité (puissance électrique de 3000 MW à pleine capacité, soit 5% de la consommation électrique française).

La technologie de centrifugation, éprouvée notamment par le retour d’expérience des usines d’UEC en Allemagne, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, apparaît aujourd’hui comme la technologie la plus performante en raison de sa faible consommation en électricité (50 fois moins que la diffusion gazeuse) et de ses coûts de production prévisibles.

JPEG - 14.7 ko

Les autres avantages sont de faibles besoins en eau (pas de prélèvement pour le refroidissement du procédé) ainsi qu’une construction modulaire, qui permet la mise en service progressive des différents halls cascades, sans attendre la fin de la construction des 14 modules des 2 unités qui constitueront l’usine Georges Besse II. Au final, la nouvelle usine d’enrichissement du Groupe AREVA aura une capacité de production de 7,5 MUTS, extensible à 11 MUTS en fonction de la demande du marché.

Comment AREVA a-t-il bénéficié du droit d’utiliser cette technologie dans l’usine Georges Besse II ?

JPEG - 41.2 ko

Afin d’obtenir le droit d’utiliser cette technologie dans l’usine Georges Besse II, AREVA et URENCO ont créé une joint-venture : Enrichment Technology Company (ETC), société commune, seule à pouvoir effectuer les actions de R&D et à concevoir et à fabriquer les centrifugeuses et les cascades, URENCO ou AREVA restent cependant pleinement concurrents sur le marché des services d’enrichissement. Pour son usine Georges Besse II, AREVA a fait le choix du modèle de centrifugeuse TC12, qui fonctionne parfaitement depuis le début des années 1990.

Quelle organisation a été mise en place afin d’assurer le bon déroulement du projet ?

Pour mener à bien ce projet, l’un des plus importants de la décennie en France, AREVA s’appuie sur du personnel compétent et expérimenté, en particulier le personnel exploitant l’usine Georges Besse d’EURODIF, ainsi que les autres acteurs de la plate-forme du Tricastin. Le maître d’ouvrage et le futur exploitant de l’usine ont été regroupés au sein d’une même société spécialement créée au sein d’AREVA NC : la Société d’Enrichissement du Tricastin (SET). Cette société regroupe, en septembre 2008, près de 90 collaborateurs dont la majorité proviennent d’EURODIF.

JPEG - 26.8 ko

Plus de 100 personnes travaillent également sur ce projet au sein de la filiale d’ingénierie d’AREVA NC : SGN, responsable de la maîtrise d’œuvre générale du projet. Enfin, environ 80 personnes d’Enrichment Technology France (ETF, filiale d’ETC) assurent l’assemblage et le test des centrifugeuses qui seront ensuite montées en cascades dans l’usine. ETC fait bénéficier à SET toute son expertise de bailleur de procédé.

Par ailleurs, AREVA peut s’appuyer sur un tissu local qualifié de PME-PMI réalisant déjà de nombreux travaux de sous-traitance pour l’industrie nucléaire. Il est à noter que plus de 60% des contrats de sous-traitance, en valeurs, reviennent directement ou indirectement à des entreprises locales.

Quels sont les faits marquants depuis le démarrage du chantier en 2006 ?

En juillet 2006, la signature du Traité de Cardiff entre le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l’Allemagne et la France permet à AREVA d’obtenir le droit d’utiliser la technologie de centrifugation, lui permettant ainsi de lancer les travaux de construction de l’usine Georges Besse II. En avril 2007, AREVA a obtenu le décret d’autorisation de création de l’INB Georges Besse II. Le dernier fait marquant, et non des moindres, a été la remise à ETF, en février 2008, du bâtiment d’assemblage des centrifugeuses. ETF a alors pu commencer l’installation de ses équipements de production, l’assemblage et le test des premières centrifugeuses.

Quelles sont les grandes étapes à venir ?

JPEG - 67.9 ko

Le projet est maintenant sur les rails pour une mise en rotation de la première cascade de l’unité sud en 2009. Parallèlement, les travaux de construction de l’unité nord vont démarrer début 2009, les travaux de terrassement sont déjà en cours de réalisation. Georges Besse II atteindra sa capacité de production nominale de 7,5 MUTS en 2016.

Ce projet présente t-il des particularités ?

Le projet Georges Besse II fait appel à une technologie sensible. La centrifugation comme toute activité liée à l’enrichissement fait ainsi l’objet d’une surveillance étroite par les autorités compétentes. Cette particularité nécessite donc le respect de règles de protection de l’information très strictes dans la conduite du projet Georges Besse II.

Guillaume Vaast AREVA NC Site du Tricastin contact@sfenjg.org

SPIP | contact@sfenjg.org | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | mis à jour le 5 février 2012