Pouvez vous nous présenter votre parcours professionnel ?
Après avoir obtenu un diplôme d’Ingénieur ESPCI (Ecole Supérieure de Physique et de Chimie Industrielles – Paris), j’ai effectué une thèse en contrat CIFRE au sein du groupe BEFIC/SAPHYMO (contrat entre le doctorant et l’entreprise qui l’embauche) dont le sujet était : « Etude et réalisation de nouveaux dosimètres individuels pour les mesures dans des flux de photons et de neutrons ». A l’issue de ma thèse, je suis resté 10 ans chez BEFIC/SAPHYMO en tant que Directeur Technique.
En 1994, je suis entré chez SAGEM en tant que Directeur Technique au sein du département « Instrumentation nucléaire ».
Enfin, en 1996, j’ai intégré la branche ONECTRA du Groupe ONET devenue par la suite la Division ONET TECHNOLOGIES. J’exerce depuis mes activités de Directeur Technique au sein d’ONET TECHNOLOGIES.
Quel est le rôle du Directeur Technique au sein d’une Division constituée de sociétés d’ingénierie et de travaux ?
Dans le cadre de ma fonction, cinq missions principales se dégagent :
Appui technique (+ rôle commercial) pour l’ensemble des sujets « sortant de l’ordinaire ». Cette activité représente plusieurs demandes par jour. Cette mission peut se présenter sous forme de questions simples jusqu’à la réalisation d’offres techniques et commerciales en passant par de la vérification de documents techniques ;
Recherche & Développement consistant à l’amélioration des techniques existantes et à la prise en compte de nouvelles technologies afin de les mettre en œuvre ou de les développer via nos projets industriels ;
A ce titre, je tiens à souligner que cette année est un tournant dans le sens où je constate une croissance importante de demandes émanant des sociétés d’ONET TECHNOLOGIES alors que traditionnellement les orientations étaient initiées par le Directeur Technique. Cette accroissement de demandes est un signe plutôt positif de l’intérêt porté à la R&D ;
Conseil auprès de la Présidence de la Division sur des sujets majeurs nécessitant un positionnement stratégique (croissance externe par exemple) ;
Représentation : intervention dans le cadre de conférences et colloques divers. Je suis également intervenu auprès de l’INSTN de Marcoule, auprès de l’école des Arts et Métiers sur la thématique des déchets nucléaires et pour l’Ambassade de France en Slovaquie afin de promouvoir l’industrie française auprès des étudiants slovaques, sur la base d’une conférence traitant de la gestion des déchets nucléaires ;
Veille technologique : nous assurons la collecte et le traitement des informations recueillies lors des conférences, de nos entretiens avec nos clients, de l’analyse des appel d’offres et également des différentes parutions dans les revues spécialisées et sur internet.
Pouvez vous nous présenter quelques sujets techniques marquants réalisés au sein d’ONET TECHNOLOGIES ?
Ces dernières années, l’évolution d’ONET TECHNOLOGIES a suivi deux axes :
Les sujets touchant le cœur du procédé avec nos activité de fourniture de générateurs de vapeur qui a représenté une extension majeure de nos activités traditionnelles.
Les sujets à l’international concrétisés par l’ouverture de nouvelles sociétés (par exemple : ONET TECHNOLOGIES Slovakia, Bulgaria, Romania,…). Ce positionnement à l’international nous permet de prendre en charge des sujets innovants notamment dans le domaine du traitement des déchets nucléaires.
J’en veux pour preuve deux exemples significatifs :
La réalisation d’études d’un centre de stockage subsurface de déchets de Faible et Moyenne activité pour le compte de l’ANDRAD (= ANDRA Roumain). Dans le cadre de ce projet a également été réalisé l’ensemble des études d’impact de dose sur les populations à 300 ans et au-delà.
Ce projet d’études de conception des installations est à ce jour finalisé.
Il est à noter que ce projet a reçu l’aval d’experts mandatés par l’AIEA.
L’acquisition d’un contrat d’études et réalisation d’un procédé de traitement de sels contaminés (3 600 m3) avec assistance à la mise en service et à l’exploitation sur le site de KOZLODUY en Bulgarie.
Le procédé consiste à mettre en solution les sels contaminés et leur faire subir une décontamination puis une recristallisation. La décontamination permet de considérer les cristaux obtenus comme non radioactifs selon la règlementation Bulgare. Le volume des résidus de décontamination, déchet ultime, est estimé à ce stade à 360 m3, soit un facteur de réduction de volume de 10.
Ce sujet est particulièrement intéressant par l’aspect novateur et pluridisciplinaires qu’il revêt.
Pouvez vous nous citer des avancées techniques récentes qui ont marqué le nucléaire ?
Concernant la production d’électricité, les techniques ont guère évolué depuis les réacteurs de génération II (REP), l’EPR n’étant qu’une évolution des REP.
L’avenir repose sur la génération IV mais qui, somme toute, n’est pas une technologie si récente (Superphénix en cours de démantèlement !)
Les objectifs de la génération IV reposant sur une sûreté accrue des installations, des règles de non prolifération et sur des gains économiques (notamment vis-à-vis de la gestion des déchets nucléaires) restent ce jour à démontrer.
En ce qui concerne les activités du cycle aval du combustible, au cours des 20 dernières années, nous pouvons retenir :
la séparation poussée : stratégie consistant à récupérer sélectivement dans les effluents liquides les éléments radioactifs à vie longue, pour ensuite pouvoir les stocker ou les détruire par "transmutation" dans des réacteurs nucléaires ;
l’Incinération des actinides : La stratégie actuelle de la France consiste à recycler l’uranium et le plutonium et à conditionner le reste sous forme de verres destinés au stockage. Après trois cents ans, la radioactivité de ces verres est dominée par les actinides mineurs (Américium et Curium). L’option d’incinéra¬tion consiste à séparer ces actinides mineurs avant la vitrification. L’incinération des actinides séparés peut se faire selon deux stra¬tégies : les entreposer en attendant les réacteurs de Génération IV capables de les intégrer à leur cycle, ou développer des réacteurs dédiés à leur incinération par fission.
l’entreposage en couche géologique profonde des déchets de Haute Activité à Vie Longue :
Quelles sont lees activités de R&D au sein d’ONET TECHNOLOGIES ?
Les activités de R&D au sein d’ONET TECHNOLOGIES sont réalisées en support des métiers existants ou émergeant de la Division. Elles traitent par exemple de traitement des déchets nucléaires, de techniques de décontamination, et de mesures nucléaires.
Photo d’une roche synthétique :
Concernant les procédés de traitement des déchets nucléaires, nous pouvons citer les roches synthétiques, l’utilisation des résines échangeuses d’ions et la décontamination d’équipements grâce au CériumIV électrorégénéré.
Système de mesures radiologiques colis de grandes dimensions :
Concernant les activités de mesures nucléaires, nous avons développé des systèmes de mesure de colis de grandes dimensions, un capteur neutrons sans hélium 3 ni BF3, ainsi que des systèmes de mesures, gamma et neutrons
Toujours concernant les activités de mesures nucléaires, un contrôleur radiologique tout terrain (CRTT) a vu le jour afin de pouvoir réaliser des mesures radiologiques in situ sur des zones d’accès difficiles.
Photo du CRTT :
Pour ces deux activités (traitement de déchets radioactifs et mesures nucléaires), le service R&D a déposé 5 brevets depuis 2003.
ONET TECHNOLOGIES est-elle impliquée dans les énergies renouvelables ?
L’énergie nucléaire doit être complétée par les énergies renouvelables mais il est nécessaire de bien choisir le type d’énergie renouvelable !
ONET TECHNOLOGIES prépare un avenir sans pétrole et sans émission de CO2 en participant à un projet de construction d’une usine de synthèse de biocarburants de 2ième génération. Contrairement aux biocarburants de 1ère génération, les biocarburants de 2ième génération ne sont pas en compétition avec les besoins alimentaires. En outre, le procédé prévu dans notre projet enrichi le contenu énergétique de la biomasse par de l’hydrogène produit par électrolyse, ce qui permet d’obtenir des rendements de conversion très importants.
Ce constat a initié notre projet de biocarburant 2ième génération.
En complément de ces énergies, nous pouvons également citer la géothermie et l’hydraulien (utilisation des courants marins) : à voir ! A ce stade, il convient d’étudier le retour d’expérience des projets en cours.
Que pensez-vous de l’approche des pays de l’Union vis-à-vis des énergies renouvelables ?
L’Allemagne, le Danemark et l’Espagne développent de façon importante l’éolien et le solaire.
Concernant l’Allemagne, il convient cependant de noter que chaque Allemand émet 50 % de CO2 de plus qu’un français car 2/3 de l’électricité produite sur leur sol provient d’une énergie carbonée fossile…
Quels sont les sujets techniques qui n’ont pas encore de solutions ?
Le sujet majeur actuellement sans solution est le transport propre. En effet, les transports, au moins à longue distance, auront du mal à se passer de combustible liquide, aujourd’hui fabriqué à partir du pétrole.
A ce jour, concernant les biocarburants, aucune solution technique ni de stratégie n’ont été développées à l’échelle internationale (on peut néanmoins citer le biocarburant Allemand de la société CHOREN : une raffinerie de biocarburant de deuxième génération dont l’objectif est de produire 18 millions de litres de biodiesel fabriqués à partir de résidus de bois par an).
Dans tous les cas, la pénurie en pétrole n’est pas d’actualité avant 50 ans !
Un mot pour la jeune génération désireuse de se diriger vers des carrières dans le nucléaire ?
Merci Monsieur ROTTNER !














