Des échanges chaleureux et riches d’enseignements
Témoins d’un intérêt fort et sincère envers notre jeune délégation, les hôtes chinois nous ont gratifié d’une hospitalité généreuse (dîners gastronomiques, hébergement de qualité) et d’un respect admirable (accompagnateurs de haut rang à chaque rencontre). A l’occasion des visites techniques sur les centres de recherche ou les sites industriels de la Chine nucléaire, l’échange de connaissances technologiques et scientifiques s’est orchestré autour d’exposés préparés au préalable par notre jeune équipe ou la partie chinoise.
Proposés par le groupe européen, trois sujets de présentation ont particulièrement retenu l’attention de nos hôtes chinois : la sûreté nucléaire, les systèmes GEN-IV et le réacteur EPRTM.
Par ailleurs, un temps fort de nos rencontres techniques fut le discours d’accueil à Chengdu par le Président d’Honneur du Nuclear Power Institute of China, qui a pleinement convaincu la délégation européenne des ambitions de la Chine pour développer activement l’énergie nucléaire en s’appuyant sur une coopération internationale mais surtout sur leur propre potentiel. Autant de témoignages de la prise de conscience Chinoise de l’hégémonie qui lui semble promise sur les scènes économique et politique internationales.
Les activités de R&D et les installations expérimentales
Etapes majeures du voyage, les visites du Chinese Institute of Atomic Energy à Pékin et du Nuclear Power Institute of China à Chengdu nous ont offert un aperçu de l’implication chinoise dans les activités de recherche sur l’atome et l’énergie nucléaire. Distribués sur l’ensemble du pays-continent, les centres de recherche développent une active R&D généralement sous-tendue par des applications concrètes pour l’industrie (irradiation de matériaux, tests sismiques, essais thermohydrauliques, production de radionucléides, .).
L’éventail chinois de réacteurs expérimentaux en exploitation a surpris la délégation par sa grande diversité (réacteur à haut flux, réacteur pulsé, réacteur piscine,. ). La construction au CIAE d’un RNR refroidi au sodium en étroite collaboration avec les russes ainsi que l’exploitation d’un réacteur HTR de 10MW par INET témoignent d’un intérêt chinois croissant envers les enjeux futurs de génération IV et les perspectives offertes par les systèmes innovants (économie des ressources, gestion des déchets, production d’hydrogène,.).
Par ailleurs, implantés dans des provinces reculées tels que le Sichuan, certains centres de recherche peinent à maintenir un niveau élevé de compétences par manque d’attractivité et nécessitent aujourd’hui le soutien financier du gouvernement pour attirer ingénieurs et chercheurs hautement qualifiés. Aussi, le NPIC institut de R&D, moteur dans la conception d’une filière chinoise, regrette la décision du gouvernement d’opter par le passé pour une technologie étrangère (Framatome-ANP) malgré le savoir-faire et le potentiel proprement chinois. Par la même occasion, les chinois affirment ainsi une volonté forte d’autonomie et une ambition grandissante d’implanter sur le territoire les activités technologiques innovantes.
Les centrales électrogènes actuelles
Notre voyage d’étude nous a amené à visiter les 3 sites majeurs de production électronucléaire Chinois. Situé sur la côte dans un grand quart sud - sud Est. Les sites de Qinshan et ceux mitoyens de Daya Bay et Ling Ao cumulent près de 6,3 GW de réacteurs à eau de deux types différents : réacteurs modérés à l’eau lourde (Qinshan-III 2x730MW CANDU) et PWR (Qinshan-I 1x300MW, Qinshan-II 2x600MW, Daya Bay 2x985MW et Ling Ao 2x985MW). Les contacts au CGNPC (China Guangdong Nuclear Power Holding Corporation Ltd.) nous ont permis de prendre la mesure des méthodes d’exploitation ainsi que de la culture sûreté développée par les chinois pour les Réacteurs à Eau Pressurisée. Dans ces domaines l’influence française semble très présente.
On notera cependant certaines modifications du référentiel de sûreté, d’initiatives chinoises (Concentration du Bore dans la bâche PTR notamment), qui montrent le degré de compétence et la capacité d’évolution des exploitants. Les performances qui en découlent, particulièrement en terme de taux de disponibilité (86-89% de 1999-2003 pour Daya-Bay) sont d’excellents niveaux et sont internationalement reconnues (classements sur l’échelle « World Association of Nuclear Operators »).
Ce succès a sans doute eu sa place dans le processus de décision du gouvernement chinois d’étendre de manière conséquente son parc électronucléaire dans les 15 prochaines années (construction de 40GW d’ici à 2020 soit 2-3 réacteurs par an). Les premières étapes de ce programme sont matérialisées par la construction actuelle de 2 VVER (REP de conception russe à Tianwan) ainsi que par l’extension à venir des projets Qinshan-II et Ling Ao phase2. Un appel d’offre est en cours, concernant la pré-série de réacteurs qui formeront l’ossature du futur parc nucléaire.
L’aval du cycle
Au regard de la taille du parc électronucléaire existant, la gestion de l’aval du cycle ne semble pas être, pour l’instant, une préoccupation majeure des autorités chinoises. Sur les installations visitées, les déchets d’exploitation sont pour l’instant stockés sur site sous forme solide. Aucune décision n’a ainsi encore été prise pour la gestion finale des déchets de très faible activité (Very Low Level Waste) ainsi que pour ceux de haute activité et/ou à vies longues (déchets C et B). En ce qui concerne les déchets LLW (Low Level Waste) et ILW-SL (Itermediate Level waste-Short Lived), deux sites de stockage définitif sont construits ou en phase finale de construction. (Northwest repository et Beilong Southern repository). En terme de R&D il faut noter qu’une usine pilote de retraitement est en construction à Lanzhou (province du Gansu) et que divers procédés de vitrification sont à l’étude pour les déchets à vies longues. Les collaborations internationales
Au-delà des coopérations passées et à venir concernant la construction et l’exploitation du parc électronucléaire, le monde de la recherche chinoise s’ouvre progressivement avec, en particulier, la mise à disposition d’installations aux chercheurs étrangers ainsi que la création d’unités de recherches associées (pour la France, les unités mixtes CEA-NPIC,CEA-BINE.). Conclusion
Ambitieuse et dynamique, la nouvelle Chine découverte par notre équipe Jeune Génération a pleinement révélé, à l’occasion de cette mission, les richesses de sa culture, le potentiel de sa recherche et l’essor de son économie. A la rencontre des citoyens et acteurs du nucléaire en Chine, les jeunes sociétaires ont pu appréhender la complexité de la société chinoise et les défis majeurs qui s’imposent, d’ores et déjà à elle, tant économiques qu’environnementaux et sociétaux. De Beijing à Shanghai, notre délégation européenne a su tisser des liens avec ses homologues chinois. Elle prépare ainsi la venue en Europe d’une délégation chinoise CNS en Septembre 2005 pour un tour d’horizon de la France nucléaire (mais aussi culturelle) conclu en point d’orgue à Olkiluoto sur le site de l’EPRTM finlandais.