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Quand le nucléaire fait baisser « l’empreinte carbone » : quelques comparaisons entre la France et ses voisins

samedi 5 décembre 2009

Extrait du livre de Francis Sorin « Le nucléaire et la planète », 10 clés pour comprendre Parution : octobre 2009- Editions Grancher

Cycle de vie compris, le nucléaire reste un puissant économiseur de CO2 (voir ici l’article consacré). Au-delà des évaluations sur les rejets évités au plan mondial, on en a l’illustration lorsqu’on examine les indicateurs de « l’empreinte carbone » caractérisant un pays et sa politique énergétique.

Contrairement à la plupart des pays industrialisés, la France n’est pas enjointe par le Protocole de Kyoto de diminuer ses rejets de CO2. Elle est simplement invitée à ne pas les augmenter. La raison de ce régime dérogatoire privilégié est que l’empreinte carbone du pays est relativement faible, conséquence d’une électricité à 80% nucléaire. Nombre de nos voisins se voient par contre assigner des objectifs de réduction importants : Danemark :-21% ; Autriche –13% Royaume-Uni :-12,5% ; Allemagne :-21% etc. Pour ces pays, l’absence ou la contribution limitée du nucléaire a pour conséquence un recours massif aux énergies fossiles induisant une empreinte carbone élevée qu’il convient de corriger.

D’autres indicateurs significatifs méritent d’être rapportés : c’est ainsi par exemple que pour l’obtention d’un kilowattheure les systèmes électriques français ou suédois rejettent au total de 50 à 75 grammes de CO2 contre 618 grammes aux Pays-Bas, 669 en Allemagne, 868 au Danemark. Ces écarts assez vertigineux se répercutent sur l’empreinte carbone totale des pays exprimée en tonnes de CO2 rejetées par habitant ( source : Banque mondiale et AEN/OCDE) : alors qu’un Français « rejette » 6,2 tonnes par an, ce chiffre se situe à 10,2 pour un Danois, à 11 pour un Néerlandais à 9,8 pour un Allemand ou un Britannique , à 10,6 pour un Russe , à 9,5 pour un Japonais, etc. En fait, grâce au nucléaire, c’est la France (avec la Suède) qui, de tous les grands pays industrialisés, est le meilleur élève de la classe écologique dans la lutte contre le CO2 et le dérèglement du climat. Notons au passage que l’Allemagne et le Danemark, présentés comme des modèles de vertu environnementale du fait de leur volontarisme en faveur des énergies « vertes » sont proportionnellement, malgré un incomparable foisonnement d’éoliennes et d’installations solaires, près de deux fois plus pollueurs en CO2 que la France ! Ce qui n’empêche pas les écologistes de tous horizons de vanter l’exemplarité de ces deux pays sur le front du développement durable tout en vouant aux gémonies la France « nucléaire » ! Mais dans ce dossier de l’atome, nous n’en sommes pas à une bizarrerie ou à une contradiction près…

D’une manière générale, les émissions françaises de CO2 s’affichent à des niveaux très nettement inférieurs à la moyenne des pays de l’OCDE (11 tonnes par habitant et par an), à la moyenne européenne (8,5 tonnes) et à la moyenne nord-américaine (près de 20 tonnes annuelles pour les habitants du Canada et des Etats-Unis) et si elles sont supérieures à la moyenne mondiale (4,2 tonnes) c’est tout simplement du fait que les deux tiers de l’humanité vivent dans des conditions précaires se traduisant par une faible production d’énergie.

Il est donc hautement fantaisiste de prétendre que le nucléaire ne peut avoir qu’un rôle « marginal » dans la décarbonisation des activités humaines. Il y tient une part certes non exclusive mais importante. Imaginons par exemple que tous les pays industrialisés aient conduit la même politique que la France pour leur production d’électricité, à savoir une combinaison de nucléaire – fournissant 75% des kilowattheures nationaux – et d’hydraulique appelé en complément : l’OCDE a calculé qu’il en résulterait une diminution de l’ordre de 17,6% des émissions mondiales de CO2, soit des quantités économisées se montant à environ 5 milliards de tonnes chaque année. Cela veut dire qu’au lieu de tendre vers les 30 milliards de tonnes de rejets annuels, comme c’est hélas le cas dans la période présente, les rejets mondiaux de CO2 se situeraient plutôt vers les 20 milliards de tonnes, ce qui constituerait un acquis précieux dans la maîtrise de l’effet de serre et diminuerait fortement la prégnance du risque climatique.

Le triptyque efficace : sobriété énergétique / nucléaire / énergies renouvelables - Comme toutes les autres études prospectives réalisées sur ce thème (à l’exception bien sûr de celles que proposent les associations anti-nucléaires), le scénario BAPS met en évidence de façon spectaculaire un fait majeur : c’est l’addition du nucléaire et des énergies renouvelables qui peut permettre d’économiser les quantités de CO2 se rapprochant des objectifs recherchés. Le raisonnement consistant à prétendre que le nucléaire est « inutile » puisque les renouvelables sont autant que lui capables d’éviter des rejets de C02 est bancal !

C’est le cumul des économies permises par les deux types d’énergies qui peut contribuer à abaisser aux niveaux requis les émissions de CO2. Autrement dit, il faut raisonner, à propos de ces énergies non carbonées, en termes d’addition et non pas de substitution (1). Il va sans dire que cette stratégie doit s’accompagner d’un important effort d’économie d’énergie, sans lequel l’action conjointe nucléaire/renouvelables aurait un impact insuffisant.

Compte tenu du niveau des rejets actuels et des quantités qu’il faut économiser à échéance rapprochée, on se rend compte que l’on a impérativement besoin de l’addition « économies d’énergie+renouvelables + nucléaire » pour atteindre le niveau d’économie de CO2 souhaitable et tendre, dans une première étape, vers une stabilisation des rejets. Que l’on se prive d’un seul des termes du triptyque, le compte n’y est plus ! C’est leur conjugaison, leur complémentarité qui peut permettre d’affronter le problème avec les meilleures chances de réussite (2). Le nucléaire doit être nécessairement partie intégrante du triptyque pour que la menace climatique soit mieux maitrisée.

Au-delà des énergéticiens, des climatologues et des responsables politiques, c’est ce qu’admettent aujourd’hui quelques unes des figures les plus en vue de la galaxie écologiste… (3).

Francis Sorin

(1)J’ai sous les yeux, en écrivant ces lignes, une brochure éditée en juin 2008 par le réseau « Sortir du Nucléaire ». Elle porte en titre : « Ni nucléaire, ni effet de serre : choisissons les économies d’énergie et les énergies renouvelables ».Cette formule est emblématique du nouveau discours adopté par le mouvement anti-nucléaire international. Il s’agit d’écarter à toute force l’idée que le nucléaire pourrait avoir une once d’utilité en matière de lutte contre le réchauffement climatique et d’assurer que le monde pourra s’en tirer sans problème en mettant en œuvre deux stratégies non seulement disponibles – puisqu’on a la faculté de les « choisir » - mais aussi suffisantes, ! On ne peut que constater que les promoteurs de ce slogan, qui sonne comme une formule magique, ne démontrent nulle part son bien-fondé. Leurs hypothèses sur les économies d’énergie possibles au niveau mondial et sur la pénétration des énergies renouvelables sont irréalistes, manifestement élaborées dans le seul but de démontrer l’ « inutilité » du nucléaire.

(2)L’arrêt de la déforestation et au contraire l’extension de ces véritables puits de carbone que sont les forêts ; le remplacement de certaines centrales à charbon par des centrales à gaz, moins émettrices de CO2 ; et aussi, nous l’avons vu, la mise en œuvre, même à échelle réduite, de la capture/séquestration du carbone constituent également des moyens non négligeables pouvant contribuer à la réduction des émissions de CO2.

(3)Dans le monde et en France, on compte nombre d’associations de défense de l’environnement favorables au nucléaire. C’est par exemple le cas, en France de L’Association des Ecologistes pour le Nucléaire (AEPN) fondée par Bruno Comby ou encore de Sauvons le Climat, fondée par Hervé Nifenecker. C’est précisément parce qu’ils sont concernés par la préservation de l’environnement et se revendiquent écologistes que beaucoup de citoyens plaident pour l’utilisation du nucléaire. L’écologie n’appartient à personne ; elle n’est pas le monopole des opposants au nucléaire.

Retrouvez ici tous nos articles sur le nucléaire et l’environnement

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